INTRODUCTION

15.8.07

Gốc chàm, Gốc dưà, Gốc Bu-rao

Je suis allé au Vietnam pour la première fois en 1995. J’accompagnais ma mère et des amis. Ma mère, qui avait lu « De la Mélanésie au Vietnam » a voulu rencontrer l’auteur, Monsieur Đồng Sỹ Hứa (1915-2005). Le « vieux crabe » fut très heureux de nous voir. L’année suivante il nous envoya du courrier dont une lettre adressée à la communauté vietnamienne de Nouvelle Calédonie et du Vanuatu c/o l’amicale vietnamienne et son président de l’époque.
J’ai recopié ci après l’essentiel de cette lettre qui, je pense, mérite d’être publié.



Đồng Sỹ Hứa
P.36. nhà B4
Trung tự - Hà Nội
R.S Việt nam

Ha noi, le 14 juillet 1996

Monsieur le président,

Tout d’abord je m’excuse de mon écriture débraillée. C’est celle d’un octo.

En 1942, venu en Nouvelle Calédonie, je suis aller m’incliner devant les tombes des vénérables CA LE, THUÂN … En regardant monter les volutes d’encens, j’ai eu la nette sensation que j’étais lié à eux. Nous sommes les combattants d’une même lutte : le droit de vivre dans la liberté et la dignité.
Aucune différence entre nous, en Nouvelle Calédonie, « Gốc chàm » ou niaouli et nous « Gốc dưà », Gốc Bu-rao. Entre les natifs de Thái Bình, de Nam Định … et moi du Thưà Thièu. Entre les « chân đăng » et les « quan phán » comme Thận et moi. Nous étions tous des « Tonkinois », des « Chinois ». J’ai été mis au gnouf pour avoir soutenu qu’il n’y a pas de tonkinois, mais seulement des Annamites (entendez Vietnamiens), des Annamites du Tonkin, de l’Annam et de la Cochinchine. Un peuple de 25 millions d’âmes.
Solidarité avec nos frères kanaks que je n’ai pas réussi à réaliser en 1946-1947 et plus avant à Mallicolo entre 1938 et 1941. Ils m’appelaient « Master » comme les colonialistes français et anglais. Ils consentaient à me donner des vivres en cas de grève, mais pas plus.
La division était encore profondément enracinée.
Solidarité avec nos sœurs et nos frères Javanais, Hébridais, Wallisiens, Tahitiens et européens. Ils étaient comme nous des bêtes de somme exploitables à merci – qu’on peut tuer sans être inquiété comme à Malo-pass en 1929, à Epi en 1942, à Santo en 1945, à l’ile aux serpents en 1944, à Thio en 1945, à Voh, La Foa en 1946 … A l’’issue d’un colloque à l’ambassade de France à Hanoi, j’ai dit à mes interlocuteurs : « j’ai mille raisons de vous bouffer le nez »(bulletin de l’ambassade de France au Viêtnam, 1993).
Je vous honore parce que vous avez décider de compter sur vous-même. Je me représente facilement les journées de travail volontaire que vous avez passé à Magenta, baignés de sueur parce que nos compatriotes des Nouvelles Hébrides et moi-même avons débroussaillé les terrains envahis par les aubergines, les buraos à la Téouma, à Mélé, à Tagabé sur l’ile de Vaté, Chapuis , Houchant (j’était déjà expulsé quand commença la construction du camp n° 2 sur la Sarakata à Santo), et quand j’y vins en novembre 1945, celui du camp de Sarmette sur Mallicolo, face au grand océan, était terminé.
Les camps des vietnamiens de Vanuatu étaient créés comme le votre à magenta, avec les moyens moindres et des conditions plus difficiles.
Aucun texte n’a sanctionné nos efforts. Les vôtres ont été chevaleresquement reconnus par Monsieur Jean LEQUES, maire de Nouméa dans votre numéro spécial.
Par vos efforts, avez démontré l’énergie et la vaillance des Français d’origine vietnamienne de la Nouvelle Calédonie.
Que cette énergie et cette vaillance qui honorent le pays de vos ancêtres servent à l’édification de votre nouveau pays, la Nouvelle Calédonie et la France, qu’elles prouvent que vous êtes des citoyens français, calédoniens à part entière.
En passant, qu’il me soit permis de dire que les jeunes binationaux franco-calédoniens vietnamiens sont dignes de leur parents et qu’on a raison de dire que vos enfants nous dépassent de plus d’une tête.
….
Enfin je renouvelle à tous la grande fierté et le respect de deux anciens buraos et « Gốc chàm » : Nguyễn Đức Thận et Đồng Sỹ Hứa.
Nous souhaitons à tous, anciens « chân đăng », fils, petits fils et arrière petits fils (naturellement filles et fils etc.. de « chân đăng » bonne santé, joie et succès dans leur vie.


Đồng Sỹ Hứa

Encore un fois, excusez mon écriture et ma façon de m’exprimer déformées par l’âge.

7 commentaires:

Anonyme a dit…

salut franck - c est vinh, l auteur de the (ex)patriot -

je ne trouve pas le lien pour t envoyer de mail donc j utilise la voie du commentaire -

j habite le viet nam depuis 8 mois maintenant ... tous les details sont sur ma page facebook http://www.facebook.com/profile.php?id=746778332

et dans l article paru dans thanh nien samedi dernier http://www.thanhniennews.com/overseas/?catid=12&newsid=36487

a bientot j espere

cordialement

vinh

vinh27@hotmail.com

Anonyme a dit…

Mais je ne sais pas qui est ce qui "Monsieur le président". On doit le savoir pour comprendre la lettre.

Frank a dit…

Monsieur le Président de l'amicale vietnamienne , mon cher Watson.

huy trang a dit…

Chao Frank,
C'est Trang du site zixbook.com.
On s'est échangé des mails il y a quelque temps déjà. Bravo pour cette lettre très émouvante et historique. Que deviens-tu ?
Regarde STP mon nouveau site, et s'il te semble bon, pourrais-tu le mettre en liens sur tes blogs toujours aussi sympas ?
Bon vent et bien cordialement, Trang de Paris

Frank a dit…

Bonjour Trang,
ton site est bien mais je ne peux le mettre en lien vu sa vocation commerciale clairement affichée.

Anonyme a dit…

Bonjour à tous,

Fils de Chân Dang, né en Nouvelle - Calédonie et vivant actuellement à Hanoi, il est bien en ma mémoire le nom de l'auteur de cette lettre (Mr Dong Sy Hua) et même son ami Mr. Nguyen Duc Thân qu'on appelait jadis "ông phan Thân".

Merci de nous avoir fait parvenir ces mots touchants qui nous font revivre nos douloureux souvenirs et même notre...heureux passé !

Minh (fils de M. et Mme Công)

Frank a dit…

Minh
Merci pour votre commentaire.